Culture & Territoires

Rapport Bordes et diversité musicale : le SNRL souhaite aller plus loin !


Jeudi 15 Mai 2014 15:09

Le Rapport de Jean-Marc Bordes sur « L'exposition de la musique dans les médias » a été remis à Aurélie Filippetti en mars dernier. L'ancien directeur adjoint de l'INA y a compilé 18 propositions, accueillies de manière prudente, et dont certaines sont considérées comme innovantes par une partie de la filière musicale. Une seule concerne marginalement l'émergence musicale sur les territoires. Selon le SNRL, comme pour d'autre acteurs de la filière, c'est insuffisant ! Le syndicat des radios associatives a fait part de ses préconisations au Rapporteur et à la Direction Générale des Médias et des Industries Culturelles.


Certaines des propositions du Rapport semblent novatrices. Citons notamment le "malus pour empêcher une trop forte concentration des diffusions pratiquée par certaines radios musicales sur leur Top 10" ; "l'allègement de certaines obligations concernant les programmes d'intérêt locaux en contrepartie d'engagements des radios locales de promouvoir davantage les spectacles locaux" et "le soutien aux auteurs et paroliers en langue française par une aide au développement et à l'écriture, financée par une contribution des radios musicales". Toutefois, cela reste imprécis.

Etat des lieux de la filière musicale en France

Wax Taylor en live - Crédits photo : Gwendal Le Flen
Dans le sondage "Les français et la musique" présenté par la Sacem en 2011, réalisé sur un échantillon représentatif de la population française agée de 15 ans et plus, la radio apparaît clairement comme un média central dans la découverte et la consommation de musique. La radio reste en effet le moyen par lequel les français préfèrent écouter la musique. Par ailleurs, à la question "comment découvrez-vous de nouveaux morceaux - ou artistes ?", 70% des personnes sondées répondent "la radio traditionnelle" soulignant là le rôle de prescripteur essentiel attribué au média radio par la population et donc l'impact évident de ses choix sur la santé de l'industrie musicale.

La majeure partie des études réalisées ces dernières années (Observatoire de la musique, Sacem,...) partagent toutes les mêmes constats : si le nombre de titres et d'artistes diffusés en radio s'est accru, la programmation est également de plus en plus concentrée. Les nouveautés sont en revanche en diminution, et les titres francophones restent minoritaires, bien que fortement représentés. Les principaux défis auxquels se trouve confrontée la filière musicale sont donc la surexposition de certains titres et l'uniformisation des programmations sur la plupart des radios musicales commerciales nationales, notamment des radios "jeunes", aux dépends de l'émergence et de la diversité.

En ce sens, le proposition de limiter le nombre de rotations quotidiennes et hebdomadaires d'un même titre et/ou de plusieurs titres d'un même artiste nous semble être un élément essentiel à appliquer.


Les propositions du syndicat

Si les chiffres présentés précédemment représentent une tendance majoritaire nationale, ils ne correspondent pas à la réalité de nos médias locaux, notamment dans les zones péri-urbaines, rurales et insulaires où les réseaux commerciaux n'ont que peu d'intérêt commercial à relayer leurs programmes. Le panel de l'Observatoire de la musique ne comprend qu'une seule radio associative, urbaine, sur les 31 panélistes sondés. Ce n'est pas significatif du pluralisme des éditeurs.

Les radios de l'économie sociale à but non-lucratif sont plus de 600 réparties sur l'ensemble du territoire métropolitain et ultra-marin. Elles sont bien souvent le premier relais médiatique d'un artiste émergent. Ces radios de proximité, d'éducation et de découverte offrent régulièrement un accompagnement qui va bien au-delà de la simple diffusion d'un titre : production, édition, programmation de concerts, relais auprès de dispositifs d'émergences nationaux. Les radios associatives sont de véritables "boosters de talents. Elles représentent un maillon essentiel de l'industrie musicale, malheureusement peu représenté dans les études actuelles.

Pour Loïc Chusseau, Délégué National du SNRL en charge des Affaires Culturelles : "il est nécessaire de mettre en œuvre dans les meilleurs délais un observatoire de la radiodiffusion locale associative, capable de mesurer, référencer synthétiser et analyser notamment la réalité de la diversité musicale accompagnée, diffusée et promue par nos radios sur l'ensemble du territoire métropolitain, ainsi que sur les territoires ultra-marins".

La proposition n°5 de Jean-Marc Bordes, consistant à réunir la Commission de la rémunération équitable (SPRE) "pour étudier les barèmes" de perception des droits voisins semble plutôt répondre aux intérêts du Groupe NRJ qu'à ceux des radios d'émergence. Le SNRL souhaite avoir des garanties sur le périmètre de la discussion avant toute initiative, qui relève ici de l’État.

En complément, le syndicat travaille d'ores et déjà avec les services de la Sacem sur la question de la perception et de la gestion des droits d'auteurs et des interprètes. Selon Jany Bouvot, Délégué National du SNRL en charge des Droits artistiques et patrimoniaux : "concernant les éditeurs de catégorie A, tous les mécanismes existent, il ne manque qu'une volonté politique, présente au SNRL, et qui doit être partagée par la Sacem, nous y travaillons activement".

Le Syndicat souhaite la mise en place d'un dispositif de reconnaissance du rôle exceptionnel joué par les radios locales, et particulièrement en faveur des radios de découverte et d'émergence, comme nous y avions déjà travaillé dans le cadre du projet de CNM (Centre National de la Musique), aujourd'hui tombé aux oubliettes du ministère de la Culture.